"Quand j'ai démissionné, je me suis donné six mois. Pas pour chercher un autre travail. Pour comprendre. Je voulais savoir s'il existait, quelque part, une forme de vitamine C qui soit stable. Qui ne s'oxyde pas au contact de l'air. Qui arrive intacte dans la peau. Et qui ne pique pas sur une peau ménopausée."
Sophie s'arrête, comme pour mesurer l'importance de ce qui suit.
"J'ai passé des journées entières à lire. Des publications scientifiques, des brevets, des compte-rendus de congrès de dermatologie. Et au bout de trois mois, j'ai trouvé. Ça existe. Ça existe depuis longtemps. Et ça s'appelle l'Ethyl Ascorbic Acid."
Elle reprend doucement.
"Concrètement, c'est une forme dérivée de la vitamine C. Les chimistes ont pris la molécule classique, et ils y ont ajouté un petit groupement, qu'on appelle un groupement éthyle. Ce groupement agit comme un bouclier. L'actif reste stable au contact de l'air. Stable au contact de la peau. Et ne se dégrade qu'une fois qu'il a pénétré dans le derme. À ce moment-là seulement, le bouclier se retire, et la vitamine C est libérée, intacte, exactement là où elle doit travailler. Sur votre collagène. Sur votre teint. Sur cette luminosité que vous avez perdue depuis dix ans."
Sophie marque un silence.
"Concrètement, ça veut dire trois choses. Un : ça ne pique pas. Deux : ça ne rougit pas. Trois : le flacon ne jaunit pas, il reste limpide jusqu'à la dernière goutte. Vous payez pour de la vitamine C active, et vous appliquez de la vitamine C active. Tout simplement."
Alors pourquoi personne n'en parle ?
"C'est la question que je me suis posée pendant trois semaines. Pourquoi, si cette forme existe, si elle est meilleure, si elle est plus douce, est-ce que les grandes marques ne l'utilisent pas ? Pourquoi continuent-elles à mettre de l'acide ascorbique pur dans des flacons à 50 euros, en sachant qu'il va s'oxyder avant même d'avoir fini la bouteille ?"
Elle sourit pour la première fois de l'entretien, mais c'est un sourire amer.
"La réponse est simple. L'Ethyl Ascorbic Acid coûte entre 7 et 10 fois plus cher à produire. Quand vous fabriquez 200 000 flacons par mois pour une marque qui doit nourrir des actionnaires, vous ne pouvez pas vous le permettre. Donc vous continuez avec l'acide ascorbique pur. Vous mettez plus de marketing pour compenser. Et vous vendez aux femmes de 60 ans des produits qui n'ont pas été pensés pour elles, parce que c'est rentable."
Sophie se penche légèrement en avant.
"Et ça, je ne pouvais plus le faire. C'est pour ça que j'ai cherché le contraire. Un petit laboratoire qui aurait osé utiliser cette forme. Qui ne fabriquerait pas 200 000 flacons par mois. Qui n'aurait pas d'actionnaires à nourrir. Qui formulerait pour la peau, pas pour la marge."
J'en ai trouvé un. Un seul.