Voici la première information que j'aurais dû appliquer à ma propre routine il y a 13 ans.
Quand un grand groupe cosmétique formule un mascara, il ne le formule pas pour toutes les femmes. Il le formule pour un panel de test consommateur, défini avant même de commencer la R&D. Et ce panel, dans la quasi-totalité des cas en France et en Europe, c'est des femmes de 18 à 55 ans en moyenne.
Pas 18 à 75. Pas 18 à 70. 18 à 55. Avec une concentration entre 25 et 45 ans, parce que c'est là que se trouve la cible commerciale prioritaire.
Pourquoi ce découpage ? Pour deux raisons que je vais vous donner sans filtre.
La première est économique. Les panels de test consommateur coûtent cher. Plus la cible démographique est large, plus le panel doit être grand, plus le coût explose. L'industrie a calculé qu'au-delà de 55 ans, la complexité d'inclusion ne valait plus le retour économique. Donc on coupe.
La seconde est marketing. Les femmes de plus de 55 ans n'apparaissent pas dans les visuels publicitaires des mascaras grand public. Ouvrez n'importe quel magazine, regardez n'importe quelle publicité L'Oréal, Maybelline ou Lancôme : vous voyez une femme de 28 à 42 ans. Jamais 60. Jamais 65. Le panel de test correspond à la cible commerciale, qui correspond au visuel publicitaire. Tout est cohérent dans leur logique. Sauf pour vous, si vous avez 63 ans.
Pendant 32 ans, j'ai signé des cahiers des charges qui excluaient explicitement ma propre tranche d'âge. Sans le voir.
Et pendant 13 ans après ma ménopause, je me suis appliqué tous les matins des produits qui n'avaient jamais été testés sur des cils comme les miens. En m'attendant à ce qu'ils fonctionnent. C'est mathématiquement impossible.
Une femme de 25 ans a entre 100 et 150 cils par œil, longueur 10 à 12 millimètres, droits et épais. Une femme de 63 ans en a 30 à 40 par œil, longueur 6 à 8 millimètres, fins, parfois éclaircis. Ce ne sont pas les mêmes cils. La paupière n'a pas la même tonicité. La peau péri-oculaire est environ cinq fois plus fine et plus sèche qu'à 25 ans. L'œil produit plus de larmes compensatoires en réaction à la sécheresse oculaire post-ménopause.
Tester un mascara sur des femmes de 18 à 55 ans et le vendre ensuite à une femme de 63 ans, c'est valider une formule sur des cils, des paupières, des yeux et une peau qui n'ont plus rien à voir biologiquement avec ceux de l'utilisatrice finale. Ce n'est pas une nuance.
Donc première réalité à intégrer : les 8, 10, 14 mascaras décevants que vous avez essayés depuis vos 50 ans n'étaient pas 14 essais différents. C'étaient 14 fois la même cible démographique inadéquate. La même tranche d'âge cible que vous, qui ne correspondait pas à la vôtre. Ce n'est pas vous le problème.
Mais ce n'est que la première moitié de l'histoire. La seconde est encore plus importante.